Bodhgaya, Bihar (India)

mardi 26 janvier 2010

Le MOT DE L'INDE • “MANS” : LA VIANDE | Courrier international

“MANS” : LA VIANDE

14.01.2010 | Mira Kamdar
Calligraphie de Abdollah Kiaie
"MANS"
LA VIANDE
Calligraphie de Abdollah Kiaie
Mon père est célèbre dans ma famille indienne pour ses déclarations après les repas, lorsque tout le monde, le ventre bien rempli, s’apprête avec plaisir à une longue discussion. “Mon problème principal, c’est qu’il faut bien que je mange”, lance-t-il en guise d’introduction. On sourit. Le débat commence. Il faut savoir que ma famille est de confession jaïne. Ses membres sont de stricts végétariens. Les plus orthodoxes se privent même de manger tout ce qu’on appelle “racines” (pommes de terre, carottes, oignons, ail), car cueillir la racine tue la plante. Le jaïnisme a beaucoup inspiré ­Gandhi, qui, pour parler de non-violence, a employé le mot sanscrit ahimsa, un concept se trouvant au cœur du jaïnisme qui signifie “ne pas faire de mal”. Comme ma famille, Gandhi fut végétarien, shakahari en hindi, refusant même pendant ses études de droit à Londres de devenir mansahari, carnivore. Gandhi trouvait moralement répugnante l’idée de tuer pour vivre, comme il ne supportait pas non plus le goût de l’alcool ou le désir sexuel. De plus, Gandhi pensait qu’il fallait limiter au maximum ce que l’on consommait jusqu’à ce que tout le monde ait les moyens de se nourrir. L’ascétisme de Gandhi, son refus de la violence – du régime carnivore au militarisme – ne plaisaient pas à tout le monde. Au moment de l’indépendance, Gandhi fut assez rapidement marginalisé par rapport au projet de construction d’une Inde puissante, militairement et économiquement. Peu à peu, l’élite indienne a perdu toute pudeur par rapport à ses appétits. Une pudeur à la fois morale et politique, qui était à l’origine de la pensée de Gandhi et de son rejet de la consommation ­effrénée des sociétés occidentales. Aujourd’hui, en Inde, c’est tout le contraire. Le premier désir de ceux qui en ont les moyens est d’imiter les habitudes de consommation de l’Américain moyen des ­années 1950.
Or nous savons tous désormais ce que Gandhi savait : consommer à l’américaine n’est ni équitable ni durable. Ni moralement admissible dans un monde où, pendant que quelques-uns se gavent, des millions d’autres sont réduits au statut de spectateurs affamés.

dimanche 24 janvier 2010

Orient or not...

Notre but n'était pas simplement l'Orient, ou plutôt: notre Orient n'était pas simplement un pays et quelque chose de géographique, c'était la patrie et la jeunesse de l'âme, il était partout et nulle part, c'était la synthèse de tous les temps.
Herman Hesse in Le voyage en Orient

The 2010 Blogger Appreciation Award...

En pleine saison des prix en tout genre, il était de mise que nous nous y mettions aussi...

Et donc je suis nominée!! Ben non, pas aux Césars ni aux Oscars (quoique parfois, je me défends pas mal pour faire rigoler la galerie au boulot...!)mais dans la catégorie The Best of the Blog de l'année 2010!!
Et qui m'a nominée, hein, qui??? C'est Andye, ma copine de BlogOsmose!

Alors, si je reprends les règles du "jeu":
  • afficher le logo sur son blog: c'est fait, cf plus bas...
  • citer qui m'a décernée ce prix: it's done, it's Andyyyyyyye!
  • citer à mon tout 5 blogs que j'aime


Donc mon palmarès 2010:
Un petit mot pour les avertir et leur proposer de prendre part à l'aventure, et  le tour est joué...!

Suite indienne de Paul Theroux

L'Inde, tel un festival vivant et surpeuplé de futilités, était la preuve qu'on ne pouvait rien faire qui n'eût été déjà fait. L'Inde rappelait sans cesse jusqu'à quelles extrémités les hommes pouvaient se bercer d'illusions, et la leçon fondamentale de la vie indienne, c'était que les gens et même les animaux avaient des vies antérieures, d'autres vies, des incarnations passées. Ils avaient déjà vécu sur terre jdis, ils avaient déjà connu tout cela-forcément: comment,sinon, auraient-ils pu le supporter? Il n'y avait rien de nouveau, et les illusions elles-mêmes étaient éculées; les tromperies, de vieilles arnaques
Paul Theroux in Suite Indienne, Editions Grasset

dimanche 10 janvier 2010

Samedi festif et culturel

Ce samedi, j'ai passé la journée au coeur de deux géants: l'Inde et la Chine.

L'Inde tout d'abord, avec la communauté tamoule qui fêtait Pongal, le nouvel an tamoul:

http://www.pongalfestival.org/

http://www.routard.com/guide_agenda_detail/2929/pongal_%28fete_des_moissons%29_dans_le_tamil_nadu_.htm

Une petite fête était organisé à la Maison de l'Inde, située au coeur de la Cité Universitaire de Paris dans le 14ème arrondissement, sous le haut patronnage de l'Ambassade de l'Inde. Organisée par l'association "Les Comptoirs de l'Inde http://www.comptoirsinde.org/ nous avons assisté à de multiples spectacles de danses et de chants, provenant de toutes les égions de l'inde. Les séquences de danse type Bollywood ont eu beaucoup de succès auprès de la communauté indienne!!
Puis nous avons partafé le riz Pongal http://www.pongalfestival.org/rice-pongal.html c'était délicieux!

Le soir je me suis rendue pour la 1ère fois à la MC Bobigny pour assister au spectacle Au bord de l'eau donné par l'école de l'Opéra de Pékin: une merveille!!



Ce spectacle associe théâtre traditionnel chinois, danses, acrobaties, chant.... il y a beaucoup d'humour aussi dans cette adaptation, et j'ai vraiment passé 2 heures merveilleuses.

mercredi 6 janvier 2010

"S'enfouir en Inde"

"En Inde, on a le sentiment d'être chez soi. [...] On y retrouve le ronron de l'enfance, les habitudes, les rituels, une temporalité de bébé. L'Inde est un pays "sucré", où l'enfant qui est en chacun de nous règne à nouveau. C'est peut-être pour celà que l'on y va, pour s'y faire materner-nourri, transporté, logé, blanchi, massé-, pour combler nos carences affectives précoces d'Occidentaux mis à la crèche dès 3 mois et élevés àla purée mousseline".

En Inde, les enfants sont gâtés. Leur mère les massse tous les matins et les allaite pendant au moins 2 ans. On leur voue un véritable culte. Seuls les Indiens ont su immortaliser, avec le bébé Krishna, ce moment fugace de l'enfance, quand celui-ci, encore à quatre pattes, tend la main vers sa mère avant de faire ses premeirs pas. Tout cela contribue "à donner à chaque Indien un solide optimisme, une cordialité et un pouvoir d'enthousiasme incomparable".

Dans la famille indienne, "le petit enfant est le tyran tout-puissant, sa mère est une servante obéissante et dévouée. C'est pour avoir savouré la première enfance dans une telle atmosphère de nid, chaude et tolérante, auprès de proches accédant au moindre désir de l'enfant que la sensibilité de l'Indien se montre si ouverte, si large, si intuitive et compréhensive [...] les Indiens ont une étonnante chaleur de sentiments, ils sympathisent d'emblée avec autrui et vibrent avec leurs semblables. Un contact émotionnel direct s'établit naturellement"

Régis Airault
Fous de l'Inde
Petite Bibliothèque Payot


mardi 5 janvier 2010

Krishna, l'ultime recours des veuves indiennes

Chassées par leur famille, les «sans-mari» du pays de Gandhi n'ont souvent pas d'autre option que de rejoindre des communautés spirituelles qui les prennent en charge.Le kurta et les pantalons en lin immaculé repassés impeccablement, un point tracé à la pâte de sandale au milieu du front et chaussé d'une paire de flip-flop rouges poussiéreux, le petit brahmane nous ordonne de le suivre. En arpentant les ruelles tortueuses aux canalisations à ciel ouvert, parsemées de boutiques de souvenirs, encombrées de cyclorickshaw et de motos passant à toute vitesse en klaxonnant à la mort, Shyam nous conseille d'enlever les verres fumés: «Problèmes de singes», articule-t-il en guise d'explication.
Sur le chemin, au son grinchant d'un hit bollywoodien, des beuglements de vaches et des clochettes, nous croisons plusieurs vieilles dames émaciées, ratatinées et courbées sous leur sari blanc. Si elles ne sont pas assises à quêter, elles se déplacent lentement, parfois péniblement à l'aide d'un bâton de bois, avec à la main une bouteille d'eau en plastique brunie par le temps ou un récipient en métal pour recevoir l'aumône.


La cité de Krishna

Ce sont les veuves de Vrindavan, une des villes saintes de l'Inde, située à 150 kilomètres au sud de Delhi. C'est vers cette destination, la cité aux milliers de temples, quartier général des membres de la communauté des Hare Krishna, que les «sans-mari» du pays qui n'ont de meilleure option convergent depuis des temps immémoriaux afin d'y trouver refuge pour la fin de leurs jours. Car dans la cité où a vécu le dieu Krishna, personne n'est censé mourir de faim.
Avant d'arriver au Bhagwan Bhajan Ashram, le plus important ashram pour veuves de l'Inde qui, selon les dires de notre guide, accueille près de deux mille vidhvas tous les jours, dans un anglais fragmenté, Shyam nous récite fièrement comment les choses fonctionnent: «Elles viennent prier entre sept et onze heures, se reposent, puis reviennent entre trois et sept; en échange, elles reçoivent 250 grammes de riz, 100 grammes de lentilles et dix roupies d'argent de poche (environ 30 centimes, ndlr) quotidiennement.» Tout cela gracieuseté du Krishna Trust qui prend en charge non seulement les quelque 20000 veuves de la ville sacrée, mais aussi les sadhus (les «hommes saints» qui vont sans possession aucune d'un site de pèlerinage à un autre vêtus d'un foulard orange fluo) et, bien sûr, les vaches sacrées.


Pas d'autre choix

Il est midi lorsque nous pénétrons dans le Bhagwan Bhajan. Seul un petit groupe tristounet de femmes âgées arborant la fourche de Krishna faite de cendres entre les yeux sont assises en cercle sur un tapis rouges délavé, usé jusqu'à la corde, au milieu d'une grande pièce à laquelle une couche de peinture fraîche ne ferait pas tort. La voix traînante, assises en tailleur ou en squattant, se balançant sur place, elles implorent Krishna: « Hare hare krishna, hare hare krishna...» Lorsque l'on demande à notre guide d'aller s'asseoir avec elles pour discuter, on sent sa surprise, puis son inconfort. «Ça ne se fait pas», peut-on lire dans son expression. D'abord, il y a le clivage de caste, de genre et après tout, ces femmes sont des vidhvas...
Néanmoins, par compassion ou pour être certain de voir la couleur de ses cent roupies, à reculons, notre pandit enlève ses sandales et nous fait asseoir avec ces dames. Elles continuent à chanter en faisant teinter un instrument métallique au rythme de leur prière en dévisageant sans gêne de leurs grands yeux tristes la gori –la Blanche– qui vient se poser auprès d'elles. Le ton impatient, notre traducteur nous demande ce que nous voulons savoir. «Sont-elles heureuses?» «Oh oui, répond-il d'emblée, sans consulter les principales intéressées; elles n'ont pas d'autres choix que de venir ici où elles sont traitées comme des reines et Krishna les couvre d'amour.»


«Chez moi, c'est ici»

En dépit de la barrière de langue et de la résistance de Shyam, au bout d'une demi-heure, on finit par percer les grandes lignes de la vie de Rajni, une dame aux longs cheveux blancs mal peignés d'environ 90ans (elle n'en est pas certaine): elle vient du West Bengale, elle a été mariée à 14ans, a eu trois enfants, et à la suite du décès de son mari dans un accident de la route, il y a plus de trente ans, sa famille l'a envoyée à Vrindavan. «Aujourd'hui, pour rien au monde je ne retournerais au West Bengale; chez moi, c'est ici.» Une certitude que semblent partager les autres.
Vers trois heures, nous revenons à l'ashram, seule cette fois. Progressivement, des femmes entrent les unes après les autres, s'agenouillent en touchant le sol de leur front en direction du temple à l'intérieur de l'ashram où trône la statue d'un Krishna enguirlandé grandeur nature aux couleurs flamboyantes et garnie de brillants. Si traditionnellement la coutume voulait qu'elles se fassent raser la tête après la mort de leur mari, aujourd'hui seule une minorité des veuves de Vrindavan choisissent de se dégarnir le crâne. Certaines osent même porter un sari aux couleurs pastelles et quelques bangles.


Solidarité peu commune

Les minutes s'égrènent et peu à peu le papotage s'estompe pour faire place à un choeur vénérant Krishna. Quelques dames debout au centre de la pièce gesticulent énergiquement afin d'inciter les autres à chanter plus fort encore. A un certain stade, l'ashram résonne avec ces centaines de voix priant au bout de leurs poumons, accompagnées par un orchestre féminin en état de quasi-transe.
Dans une société patriarcale où chacune est habituellement isolée dans la maison de sa belle-famille, malgré leur pauvreté et l'apparente monotonie de leur quotidien, ces femmes ont l'air de jouir d'une solidarité féminine peu commune et aussi, semblent n'avoir de compte à rendre à personne –si ce n'est à Krishna lui-même.

Anne-Marie Dussault
Paru le 20 avril 2007  dans Le Courrier


Les veuves et les traditions ont la vie dure
ANDRÉE-M ARIE DUSSAULT

Traditionnellement, celles qui ne commettaient pas le «sati», l'acte socialement valorisé consistant à se jeter dans le feu funéraire de son mari pour l'accompagner dans l'autre vie, étaient assurées de passer le reste de leurs jours dans l'austérité la plus rigoureuse. Si elles souhaitaient franchir les portes du paradis, elles devaient notamment renoncer à toute ornementation, manger qu'une fois par jour, dormir sur le sol et rester chastes. Leur existence même était perçue comme un mauvais présage: si seule leur ombre touchait une femme mariée, la malheureuse risquait à son tour d'être condamnée à la perte de son mari et à un sort similaire.
Aujourd'hui, même s'il existe désormais des lois interdisant le mariage des mineurs, donnant 51% des droits à la terre à l'épouse et permettant aux veuves de se remarier, dans les faits elles sont peu respectées. Mariées jeunes, sans éducation, sans qualifications professionnelles, confinées aux murs de la maison de leurs beaux-parents, les Indiennes des basses classes se retrouvent souvent vulnérables lorsqu'elles perdent leur époux. Plusieurs sont mises à la porte par la famille du défunt mari ou même par leurs propres enfants.
Selon le recensement national de 2001, le pays de Gandhi comptait 34 millions de veuves faisant de lui le champion mondial quant au nombre de femmes ayant perdu leur mari. D'après une étude dont les résultats ne sont pas encore publiés, menée par l'activiste Mohini Giri (lire ci-contre), elles seraient actuellement 45 millions; un foyer indien sur quatre en compterait une.
«La population de veuves croit avec l'augmentation de leur espérance de vie à cause de la relative amélioration de la santé des femmes au cours des dernières décennies», explique Mohini Giri. Cependant, elle fait valoir que dans le groupe d'âge des 45ans et plus, le taux de mortalité chez les veuves indiennes est de 85% plus élevé que chez les femmes mariées, et le nombre d'entre elles qui affluent dans les «villes de veuves» comme Varanasi ou Vrindavan est en hausse.
Quant à l'exploitation sexuelle des veuves, une recherche commandée par le gouvernement de l'Etat du West Bengale en 2003 à Vrindavan démontrait qu'elle continuait à fleurir. La présence de nombreuses cliniques d'avortements à Mathura, la ville voisine, témoignait de cette réalité. Parmi les 2910 veuves interviewées par les enquêteurs dans la ville sainte, 500 étaient âgées de moins de 30ans, 416 entre 31 et 40ans et plus de 400 se situaient dans le groupe des 41-50ans. Une majorité d'entre elles étaient analphabètes et plus de 50% d'entre elles dépendaient de l'aumône pour survivre. Pourtant, lorsque nous nous sommes rendus aux bureaux de la police locale, dans son uniforme kaki, le policier en chef moustachu nous a affirmé avec un sourire complaisant que rien de la sorte n'avait lieu à Vrindavan: «Ici, c'est shanti shanti ('paix' en hindi).» AMD

Les femmes blanches de Vrindavan

Le village des veuves - kewego
la ville de vrindavan, dans le nord de l'Inde est un lieu de pèlerinage pour les adorateurs du dieu Krishna mais aussi pour toutes ces veuves, vêtues de leur sari blanc, qui attendent ici de mourir.

Water de Dilip Mehta

La femme oubliée de Dilip Mehta

Widows of Vrindavan/Veuves de Vrindavan

Le statut des veuves en Inde

La femme oubliée: les veuves de l’Inde
Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Rétrospective Jeanne Moreau : la lumineuse
« Ils ont pris ma sœur de six mois, l’ont mise sur un plat et elle a été donnée à son mari » Lali, elle, avait un an et demi quand elle a été mariée. Aujourd’hui, ainsi que des milliers de femmes, elle fait partie des parias en Inde. Non seulement elles sont femmes dans un pays où on pratique les foeticides féminins mais elles sont veuves, elles n’ont aucun droit. Cette grave réalité, conséquence de la tradition, est cernée dans le documentaire de Dilip Mehta et de sa sœur Deepa Mehta; celle-ci avait réalisé déjà Water sur une veuve de 8 ans. Suite au succès de ce film, un documentaire a été entrepris sur le sort de ces  millions de veuves démunies.

À la mort de leur mari, sous la menace, ou à cause de mauvais traitements, elles renoncent à leurs biens, ou elles en sont dépossédées; elles ne peuvent toucher l’assurance si le mari est mort dans un accident, ni la pension s’il est mort à la guerre.

Elles perdent alors toute dignité et sont contraintes à la mendicité. Elles vivent dans la rue, s’y lavent, y dorment. Afin d’expier leurs fautes pour leur reste de leurs jours, d’autres se rendent dans des Ashrams qu’abrite le charme brumeux des paysages de Vrindavan. Souvent, elles sont accusées de sorcellerie ayant causée la maladie et la mort de leur mari, elles doivent donc se racheter. Elles prient toute la journée et méritent alors une poignée de riz ou 6 roupies (38 roupies équivalent à 1 dollar canadien). Les Ashrams disposent de fortunes et vivent avec les intérêts, il n’est pas nécessaire de toucher au capital. Les veuves attendent en ligne l’ordre d’aller recevoir l’argent ou le repas qu’on daigne leur accorder et auquel elles n’ont droit qu’une seule fois par jour. Elles sont obligées de porter un sari blanc, les couleurs leurs sont interdites.

Un homme déclare à propos des veuves: « Like an alcoholic is addicted to alcohol, the widows are addicted to beg ». Elles disent : « Men dominate here » et « Husband is supreme. Husband is guru ».

Le dénuement des veuves contraste avec la somptuosité des parures des jeunes mariées. L’une d’elles vêtue de rose et d’argent est interviewée sur le sort des veuves indiennes. Son mari répond à sa place en disant que tous deux n’ont pas d’opinion. Incitée à fournir elle-même une réponse,  la jeune mariée, dans un Pédalo en forme de cygne, répète les paroles de son mari.

L’incompréhension et le déni des femmes encore mariées sont aussi mis en évidence quand une épouse bien nantie dans un salon de beauté de la ville est interviewée à son tour. Après avoir parlé à la « maid » des enfants avec son cellulaire, elle considère que la situation est la faute des veuves, elle ajoute qu’ils ont Internet et la télévision à Vrindavan. La scène suivante nous montre des veuves autour de l’unique flamme d’une lampe.

Pour Noemi Weis, productrice du documentaire, il importe d’informer « I always  say that I use my medium to bring awareness of issues tant people don’t know about, issues that must be talked about, and this situation is something that needs to be talked about » et David Hamilton,  producteur, voulait que le public sache à quel point la situation s’est peu améliorée depuis le succès du film Water dont le scénario relatait des faits survenus en 1938.

Des femmes aident les veuves à s’instruire, à connaître leurs droits et à les faire valoir, à s’exprimer, à s’affirmer, à prendre soin d’elles dans la dignité et même la parure. Ainsi, la docteure Ginny Shrivastava, fondatrice de l’Association of Strong Women Alone, accompagne des femmes dans leur démarche et souhaite qu’elles revendiquent et obtiennent de meilleures conditions de vie. Née en Ontario, elle a épousé un Indien et, en 1970, a choisi de vivre en Inde. Après la mort de son mari, elle est restée et a aidé plus de 20,000 veuves du Rajasthan à acquérir une autonomie financière.

La docteure V. Mohnini Giri, depuis 40 ans lutte pour la reconnaissance des droits des femmes.  Avocate, parlant neuf langues, elle s’est rendue dans des zones en guerre pour participer aux efforts de paix et pour aider les veuves de guerre. Elle aussi considère que les femmes ont avantage à développer leurs ressources afin de subvenir à leurs besoins.

Certaines veuves refusent la stigmatisation. Généralement, elles sont plus jeunes et physiquement plus capables d’entreprendre des études et de chercher un emploi. Mais il reste des millions de femmes, jeunes, âgées, précédemment pauvres ou riches, de la campagne ou d’un village, qui, du jour au lendemain, ont été exclues, et qui errent, plus ou moins folles, ou qui courent en se cachant, ou qui attendent la mort, grabataires dans la rue.

Leur destin a échappé à leur contrôle dès le début de leur vie. Actuellement, à cause de leur nombre les ressources d’intervention sont insuffisantes. Des actions immédiates et à long terme s’avèrent indispensables. La principale difficulté concerne la mentalité qui entraîne la continuation de la situation. Pour changer les convictions passéistes discriminatoires, un travail d’éducation et de législation doit être entrepris. Il s’agit là d’une énormité à laquelle Dilip Mehta a voulu contribuer : « I feel that every man in India should be watching this movie».

Son documentaire doit être vu non seulement en Inde mais à travers le monde. Montrer la réalité, c’est prouver que la condition de la femme reste une déchéance et que l’idéal serait que plus jamais une femme comme l’une des participantes ne pleure en disant : « J’aurais préféré ne pas naître ».

La femme oubliée réalisation et montage. Dilip Mehta Texte. Deepa Mehta 90 min. Documentaire Canada 2008

dimanche 3 janvier 2010

Entre Mustang népalais, plaines fertiles du Gange et forteresse Rajasthani

http://videos.tf1.fr/ushuaia-nature/l-emission-du-samedi-2-janvier-2010-5610149.html

Une très belle émission de Nicolas Hulot, avec la contribution de Marianne Chaud, l'ethnologue réalisatrice de ce merveilleux film "Himalaya le chemin du ciel" pour la partie sur le Mustang.
http://www.himalaya-lefilm.fr/

On découvre la Kumbh Mela d'Haridwar, qui se tient chaque année mais dont l'apogée a lieu tous les 12 ans, et qui se tiendra pour la prochaine fois cette année en avril:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kumbhamel%C3%A2

Puis Jodhpur, la ville bleue du Rajasthan, où je me rendrai en mars prochain pour la 1ère fois.
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jodhpur

Enjoy!

samedi 2 janvier 2010

Le Panchacroshi Yatra

http://pancakrosi.uniterre.com/ 

http://blog.uniterre.com/uploads/b/becdanlo/103575.jpg 

Une idée pour mon prochain séjour à Varanasi en février prochain: faire tout ou partie du Panchacroshi Yatra, un pélerinage qui fait le tour de Bénarès en passant par 108 temples. 

Il a lieu traditionellement en mai, mais peut bien entendu être réalisé n'importe quand...

Le pélerin parcourt 88 kms en 5 jours, à pied bien entendu! Et il dort là où ses pas le mènent, c'est à dire bien souvent au bord du chemin, enroulé dans une couverture...

Bon, évidemment, ce ne sera pas mon cas, mais l'idée de quitter l'agitation des ghats pour aller à la rencontre de la campagne voisine me tente bien...

Je vais en parler à Rahul, mon jeune ami des ghats de Bénarès, et voir avec lui si çà le tente d'en faire une partie avec moi...

A suivre...

Remembering Varanasi...

Découverte musicale d'un soir...






L'Inde rendrait-elle fou?

"Ces impressions contradictoires, ces sentiments opposés qui cohabitent à la minute et vous "remuent les émotions", c'est çà l'Inde. Voir sortir de la boue, dans le pire des bidonvilles, un homme vêtu de blanc, d'un blanc immaculé, là où en cinq minutes on serait noir de la tête aux pieds, c'est çà l'Inde: la pureté qui pousse sur l'abject.La vie, la mort juxtaposées. On est soudain envahis par des émotions intenses qui nous submergent, nous inondent: de simples scènes de la vie rurale, une démarche, une gestuelle, une femme qui remet son sari ou qui embrasse son enfant. Ce moment-mouvement est empreint d'éternité et semble venir de la nuit des temps. Car en Inde comme dit Malraux, "tout geste est rituel et toute parole incantation". La minute d'après, cependant, on peut basculer dans l'horreur, l'insupportable, l'insoutenable. C'est la même chose au niveau relationnel. On passe d'un état de grâce (tout le monde est gentil, attentionné, tranquille) à des énervements incroyables pour rien (par exemple, un verre d'eau que l'on attend pendant des heures).

Régis Airault
Fous de l'Inde-Délires d'occidentaux et sentiment océanique
Petite Bibliothèque Payot